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Mémoire du village et valorisation des aînés : des parcours touristiques racontés par les anciens

La culture, la préservation et la mise en valeur du patrimoine sont des enjeux importants pour les communes. En Aveyron, des communes ont décidé de mêler parcours touristique et mémoire du village à travers une action intergénérationnelle. Une initiative plus simple qu’il n’y paraît.

Un parcours sonore commenté par les anciens du village

Le petit village de Prévinquières en Aveyron propose un parcours touristique qui met en avant l’histoire du village. Appelé « Oreilles en balade », ce parcours sonore se compose de huit bornes disposés devant les lieux qui font partie de l’histoire de la petite commune de 303 habitants. Ainsi, les touristes peuvent découvrir l’église, le Tinal, le portail haut, la forge, l’élevage, le maquis, le moulin haut et l’école de Prévinquières. A l’aide d’un audio-guide ou directement depuis son smartphone via une appli, le promeneur pourra profiter des commentaires de quelques minutes pour chacun de ces endroits emblématiques. La durée de chaque document sonore est pensé pour correspondre au temps de marche nécessaire pour rejoindre le point suivant.

Toute la particularité de la démarche réside dans la qualité des conteurs : ce sont en effet les anciens du village qui racontent les grands moments, comme les petites anecdotes, de l’histoire de leurs vies, qui s’entremêlent avec celle de leur village. Il existe aussi une version « enfant » pour chaque enregistrement et qui, comme son nom l’indique, remplace le narrateur adulte par un enfant de l’école primaire du village.

L’idée vient de Sophie Pillods, ancienne productrice de radio, qui a fait sienne l’adage Amadoi Hampâté Bâ : « Un vieillard qui meurt, c’est une bibliothèque qui brûle » , comme le rapporte l’article de l’Agence des pratiques et initiatives locales (Apriles) sur le sujet. Elle a pris conscience du peu de transmission de la mémoire au sein des familles, notamment par rapport aux grands moments historiques de la France, comme la Première Guerre mondiale. Elle décide donc en 2014 de se lancer dans ce travail de recueil de souvenir et d’anecdote.

Un travail collectif et intergénérationnel

C’est peut-être une initiative individuelle à l’origine, mais sa réalisation fait intervenir la collectivité dans son ensemble. Après une première réunion sur le projet, ce sont les villageois qui ont décidé des sites à mettre en valeur, ainsi que les personnes à interroger.

Pour parfaire la démarche sociale de l’initiative et notamment son aspect intergénérationnel, un travail de recueil a été confié, en parallèle, aux enfants de la commune. Cet exercice organisé par l’école a duré un an. Les enfants ont sollicité les souvenirs d’enfance des adultes de leur entourage. Ils ont rencontré les anciens du village et appris leur importance et la richesse de leur savoir. Et l’interview réalisé par les enfants s’est révélé efficace pour instaurer un climat de confiance, plus propice aux confidences.

Ce projet présente de nombreux avantages pour les enfants : c’est un excellent moyen d’introduire la question du patrimoine et de sa valeur. Et cela exerce les enfants à des tâches multiples et importantes : ils travaillent ainsi leur expression orale, leur capacité d’écoute, ils s’initient au travail d’histoire, à celui de l’interview et ont droit à une initiation au montage. Et ce travail a permis de solliciter tous les acteurs qui ont dû les encadrer : les enseignants, les animateurs du périscolaires mais aussi leur famille.

Pour les personnes âgées, l’effet est aussi très bénéfique. Tout le projet valorise les anciens du village qui ont tendance aujourd’hui à être délaissés. Elle prouve à chacun que tout le monde à des histoires à raconter et que l’histoire de leur commune s’écrit grâce à leur témoignage.

Une idée qui valorise le patrimoine et renforce le lien social

Si le travail pour aboutir à ce parcours sonore touristique s’est révélé en lui-même enrichissant pour les différents acteurs du village, son résultat final s’est lui aussi montré bénéfique. Le maire voulait mieux positionner son village dans l’offre touristique déjà très riche de cette région, et c’est une réussite. Le parcours est devenu un incontournable du label « Pays d’art et d’histoire des Bastide de Rouerge ». Le nombre de visiteurs et de touristes a augmenté et “Oreilles en balade” a conduit la mairie à rénover certains bâtiments.

Autre preuve de sa réussite, huit autres communes des environs se sont lancés dans ce projet. L’objectif, à terme, est d’unifier l’ensemble de ces parcours.

Grâce à ce travail, l’histoire du village est préservé : les témoignages de la Grande Guerre mais surtout de la Résistance, à travers le document sonore, « le maquis » seront conservés et diffusés. Le recueil d’anecdote a même permis de retrouver une ancienne croyance populaire autour d’une fontaine à fée.

Et c’est l’ambiance du village qui s’en est retrouvé bonifié : «Le projet a apporté de la convivialité dans le village. Cela m’a permis, à moi qui ne suis pas originaire d’ici, de compléter mon intégration. Les habitants étaient contents de voir que je cherchais à mettre le village et eux-mêmes en valeur. Certains n’étaient pas conscients de la valeur de leur mémoire, de leur capacité à transmettre la culture locale» rapporte une élue de la commune du Bas-Ségala en Aveyron à Apriles.

Un autre témoignage sur le site met en avant le lien intergénérationnel qui s’est noué grâce au projet : «C’est génial, aujourd’hui je sais que ma grand-mère a des choses à me raconter, et que je peux lui poser des questions» s’enthousiasme une enfant qui a participé aux “Oreilles en balade”.

Une initiative applicable partout ?

Comme nous l’avons vu plus haut, des communes alentour ont décidé de réaliser leur propre parcours sonore. Il faut dire que l’initiative a de quoi plaire. Et ses possibilités d’application ne se limitent pas à l’Aveyron. L’exercice peut être réalisé par chaque commune. Pour les élus qui aimeraient se lancer dans un projet similaire, Apriles peut vous accompagner. Leur fiche de présentation reprend les principes du guide réalisé par les huit communes de l’Aveyron et rappelle les étapes à suivre :

  • Validation du projet en Conseil Municipal
  • Réunion publique : organisée afin d’inviter les habitants à désigner six lieux de leur village qu’ils souhaiteraient mettre en valeur, ainsi que des personnes à interroger.
  • Constitution du comité de pilotage : pour valider les choix de la réunion publique et les réalisations finales. »

Apriles rappelle que de nombreux partenaires sont prêts à accompagner les communes dans ce projet. Pour le cas de l’Aveyron, le coût final pour les villages a été de 3000 euros, correspondant à l’achat des bornes d’écoutes, des audio-guides et des casques. Un faible coût pour des résultats impressionnants.