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Intéresser les jeunes à la politique, c’est possible

Intégrer les jeunes dans la vie communale, c’est possible ! Les intéresser à la politique, les faire s’impliquer, c’est réalisable et pour cela, il faut leur tendre la main, leur apprendre car ils ont envie. Parfois, il ne faut qu’un peu d’organisation et une politique jeunesse ambitieuse. C’est là tout l’engagement de Nazek Meksi, adjointe en charge de la Citoyenneté et du projet jeune à La Mulatière (69) et gagnante de notre concours « la meilleure initative des collectivités locales ».

Collectivité-jeunesse, une communication à revoir

Lors d’un précédent mandat « à l’éducation et l’enfance avec une petite casquette touchant la citoyenneté et le développement durable », Nazek Meksi s’est rendue compte que, alors que la municipalité était active et proposait bon nombre d’actions ou de réunions tels que les groupes opérationnelles enfance-jeunesse, « les jeunes n’en avaient pas connaissance et pensaient qu’il n’y avait rien qui leur était destiné ».

Dès lors, un important enjeu était identifié, enjeu que l’on retrouve dans de nombreux territoires. La communication entre collectivité et jeunes, pour diverses raisons, fonctionnerait mal. « On a des jeunes sur place qui pensent qu’on ne les regarde pas alors que si ! Les actions sont une façon de leur apporter de la lisibilité et de montrer qu’il y a tout un ensemble d’élus et de partenaires qui veulent communiquer et aller vers cette jeunesse pour l’impliquer dans la vie de la commune ».

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Pour toucher une jeunesse ultra-connectée, il est impératif de revoir ses moyens de communication institutionnels

Les relais et les moyens de communication sont impérativement à revoir. En effet, la communication traditionnelle par bulletins ou journaux municipaux ne peut pas convenir à une jeunesse hyper connectée qui ne lit pratiquement plus de journaux papiers et encore moins un journal municipal.

« on a un journal local et, en discutant avec certains jeunes, j’ai l’impression qu’ils ne le lisent pas », Nazek Meksi

Dans certaines collectivités, on répond que « la population est majoritairement âgée et n’est donc que peu sur les réseaux sociaux » pour justifier un moindre engagement dans la communication numérique. Une stratégie qui n’est plus possible si l’on veut impulser une politique jeunesse ambitieuse. C’est pourquoi Mme Meksi envisage la création d’une page facebook entièrement dédiée à la jeunesse mulatine, observant déjà davantage d’interaction avec la page de la mairie.

La politique jeunesse, travailler le vivre ensemble aujourd’hui et demain

En premier lieu, et au-delà des traditionnelles politiques qui se contenteraient d’occuper les jeunes, la politique jeunesse a également pour tâche de tisser le lien social de demain. « Aujourd’hui, il y a deux jeunesses : une qui sait ce qu’elle veut et qui a des projets, qui s’insère et qui sait déjà où elle va, et une jeunesse qui n’est pas désœuvrée mais presque, découragée, démotivée, en situation de décrochage scolaire et qui a besoin d’appuis de personnes déjà en place, d’adultes références. Il est intéressant que ces deux jeunesses se côtoient et apprennent à vivre ensemble. De même, il ne faut pas oublier l’intergénérationnel. Et ça, ça manque au quotidien ».

Dans cette optique de (re)créer du lien intergénérationnel, une action est prévue en juin « où des jeunes vont encadrer et animer. Ils vont aller au contact de tout-petits mais aussi de parents mais aussi de grands-parents par le biais d’ateliers musicaux et/ou sportifs ». Cette volonté de responsabiliser les jeunes et les rendre acteurs se retrouve dans l’organisation du foot-salle de la commune où, pour le moment, les jeunes joueurs sont encadrés par des éducateurs « mais, à terme, on aimerait que cela soit des jeunes qui prennent le relais ».

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Responsabilisez les jeunes en leur permettant d’être encadrants d’activités intergénérationnelles

Une notion de responsabilité qui reste un des grands chantiers. Pour se faire, Nazek Meksi explique qu’il faut repérer les jeunes « qui semblent n’avoir pas peur de s’engager et, ceux-là, on va essayer de faire en sorte qu’ils se structurent en association pour qu’on ait des référents, des personnes avec qui l’on puisse communiquer et avoir un relais en cas de soucis ». Une identification de référents et donc de relais d’informations qui permettrait sans nul doute d’optimiser la communication municipale.

Alors que certaines idées reçues voudraient qu’il soit difficile de trouver des volontaires pour encadrer des seniors notamment, Mme Meksi s’est dite « positivement surprise. Je pensais que cela serait peut-être un petit peu compliqué, c’est vrai qu’ils vont avoir plus de facilité à s’occuper des plus jeunes que des seniors mais nous avons pris les choses à l’envers. Avec l’équipe municipale, nous les motivons pour des projets en ayant une participation financière et en leur demandant une implication dans les actions de la commune. C’est là où nous allons faire jouer l’intergénérationnel ». Une proposition donnant-donnant qui semble avoir rencontré un accueil positif.

Ouvrir les coulisses de la mairie aux jeunes

Comment retisser le lien entre jeunes et mairie ? Comment faire comprendre comment est effectué le travail en collectivités et comment elles peuvent aider ? Nazek Meksi organise des accueils en mairie de classes. Dans le but de former les citoyens de demain, « les enseignants nous en font la demande par mail et on prévoit une plage horaire d’une heure à une demi-journée. La dernière fois, nous avons accueilli une classe de CM1 pour le 14 février et, comme c’était la Saint-Valentin, on a organisé un mariage citoyen fictif et cela a énormément plu ».

Ces activités sont organisées régulièrement dans l’année. Ainsi, en mai, il est prévu qu’une classe de CM2 vienne visiter la mairie et « le principe, c’est qu’on leur fait visiter les locaux, les services… Ensuite, nous les amenons dans la salle du conseil et nous répondons à leurs questions. L’objectif est de faire en sorte que la mairie semble plus accessible ». De même, avec les beaux jours, des idées d’activités sont à l’étude avec les services des espaces verts afin que les enfants « voient que la commune, ce n’est pas que la mairie, il y a plein de services qui gravitent autour ».

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Pour renouer le lien avec la mairie, pourquoi ne pas faire découvrir aux enfants les coulisses ?

Un aperçu des coulisses municipaux très positif selon les enfants qui « sont très motivés et beaucoup voudraient créer un conseil municipal d’enfants. Cela leur donne encore plus envie de faire remonter des idées. Techniquement, on ne peut pas encore avoir un conseil municipal enfant mais, par l’accueil en mairie, on arrive à recueillir leurs avis et savoir comment ils se projettent dans leur commune ». Une façon de peut-être susciter des vocations chez des jeunes qui découvrent le travail des collectivités et les coulisses du travail politique.

Pour toucher un public plus âgé, à La Mulatière, est également organisé chaque année une Cérémonie de la Citoyenneté – cérémonie lors de laquelle « on remet la carte d’électeur en main propre, avec accueil en mairie » – qui commence à attirer de plus en plus de jeunes de 18 ans et qui « permet aussi d’avoir plus de lisibilité et de recueillir leurs propos ».

Si, dans l’immédiat, la parole des jeunes n’est exprimée que de façon indirecte lors des réunions de concertation entre élus et partenaires que sont les « groupes opérationnelles enfance-jeunesse », ces jeunes devraient à terme être directement présents dans ces organes décisionnels. Ainsi, en ligne de mire des nombreuses actions envers les jeunes, on retrouve l’objectif de former une jeunesse avec un fort engagement citoyen « qui soit actrice de la cité » afin de pouvoir organiser un véritable Conseil Jeune « qui permettra de donner des impulsions à la ville ».