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Produire local et bio : les bienfaits d’une régie agricole communale

Les exploitations agricoles communes, comme les AMAP, se généralisent depuis quelques années. Et au sein même des collectivités, une nouvelle forme de gestion collective est apparue : la régie agricole communale. Encore très peu répandue en France, elle a pour objectif premier de fournir aux cantines scolaires gérées par la commune des légumes, à la fois bio et locaux. L’initiative connaît un succès qui dépasse bien souvent son cadre initial.

La commune de Mouans-Sartoux, à l’origine du projet

La première régie agricole communale vient de Mouans-Sartoux, commune de 9500 habitants des Alpes-Maritimes. La mairie a décidé en 2010 de gérer elle-même les cantines scolaires et s’est fixée l’objectif de proposer aux enfants des légumes issus à la fois de l’agriculture biologique mais aussi locale. Le problème, c’est que ce simple cahier des charges semblait impossible à remplir : les produits bio viennent souvent d’autres pays et la production locale reste insuffisante pour cet objectif ambitieux. La commune a donc décidé de combler ce manque en produisant directement des fruits et légumes répondant à ce double critère : biologique et locale.

Mouans-Sartoux crée donc une régie agricole communale qui repose sur le même principe que la régie des eaux ou celle de l’assainissement. Son objectif est alors de produire 30 tonnes de légumes afin de combler les besoins des 3 cantines scolaires (soit 1100 repas par jour). Progressivement la régie se perfectionne : une agricultrice est embauchée, les services et les productions s’adaptent aux besoins et aux spécificités de la cantine rythmée par le calendrier scolaire irrégulier à cause des périodes de vacance. En 2012, l’installation de tunnels permet la production de légumes précoces ou tardifs pour soutenir ce rythme. Les légumes sont de saison et se diversifient au fur et à mesure. La commune demande la certification biologique et l’obtient par l’Ecocert. L’objectif initial de la commune est atteint dès 2012.

Un projet qui se met en place sur la durée et par étape

La mise en place d’une régie communale agricole ne se fait pas en une seule fois. C’est un projet qui demande un investissement progressif qui dure nécessairement plusieurs années avant d’être élaboré et de pouvoir répondre intégralement aux objectifs. Il y a une démarche que l’on pourrait définir comme intuitive, puisque comme nous le montre l’exemple de Mouans-Sartoux mais aussi les autres communes qui s’en sont inspirées, la mise en place d’une régie communale agricole n’est pas le projet initial mais s’impose finalement pour pallier le manque d’offre en produits locaux et biologiques. Les démarches se présentent ainsi :

  • Décision de la commune de ne plus déléguer au privé la restauration scolaire. Cela implique la mise en place d’une gestion communale de la cantine. C’est là que les objectifs sur l’alimentation bio et locale sont déterminés.  A Ungersheim, commune du Haut Rhin qui a pris la décision en 2012 de s’assurer une souveraineté alimentaire, l’objectif a été fixé à 500 repas par jour pour les cantines scolaires. A Loupiac, en Gironde, il est de 140 repas pour la cantine du village.
  • Étude sur la faisabilité du projet : une fois la régie agricole communale envisagée, il faut déterminer si elle est réalisable. Un comité de pilotage a ainsi été créé à Loupiac pour étudier cette faisabilité, rechercher des partenaires financiers et informer les habitants de la commune pour recueillir leurs ressentis et leurs attentes.
  • Achat de terrains agricoles ou utilisation des ressources foncières communales. Ungersheim a ainsi acheté des droits d’exploitations agricoles sur un terrain de 8 hectares. A Loupiac, en Gironde, c’est un terrain de 1,460 hectare qui va bientôt être exploité pour la régie agricole communale. Suite à l’achat, un personnel est ensuite assigné à l’exploitation. Leurs nombres et leurs qualités varient en fonction des besoins et des attentes.
  • Diversification progressive des productions agricoles. Tout comme Mouans-Sartoux, Ungersheim, a petit à petit diversifié et augmenté sa production afin de produire des légumes à la fois de saison et en nombre suffisait pour répondre à ses objectifs.

Nous vous parlions déjà de Mouans-Sartout dans : “La restauration collective 100 % bio, ça marche !”

Un investissement aux retombées multiples

Le projet est ainsi long mais les objectifs sont finalement atteints. Pour Loupiac, il reste encore la mise en place car tous les financements n’ont pas encore été trouvés, malgré le soutien financier du département. D’un coût total de plus de 277.000 euros, il manque encore 45.000 euros. Mais les partenariats ne manquent pas (soutien de la fondation Carasso notamment) et le projet continue d’avancer. Dans la revue Ressources et Territoires du département de la Gironde, Bernard Castagnet, vice-président du département chargé de l’attractivité territoriale, du développement économique et du tourisme se montre enthousiaste : “Développer les circuits courts et l’approvisionnement local des restaurants collectifs, autrement dit bien manger est le leitmotiv du département.” Il y a un réel dynamisme de la part des élus et des citoyens qui sont fortement intéressés par l’initiative. Cela permet en outre aux collectivités de réaliser un Agenda 21.

Car si la réussite se fait par palier, elle est bien au rendez-vous et dépasse le simple enjeu de la qualité du repas de la cantine scolaire. Pour la régie de Mouans-Sartoux, si l’investissement permet finalement une véritable diminution du prix du repas pour une qualité bien meilleure, la mairie est aussi fière d’avoir pu dédier un tel espace à l’agriculture plutôt qu’à l’urbanisation. Le concept est novateur tout en permettant de maintenir une tradition locale et une culture paysanne. La dimension sociale, voire pédagogique est même mise en avant. Pour les écoles, on expose aux enfants grâce à ce projet les enjeux environnementaux en les liant aux questions de bien-être et de santé. Les communes pratiquant la régie communale notent à cet effet une diminution importante du gaspillage. Et les produits cultivés en surplus servent directement aux habitants. A Mouans-Sartoux, on les vend à l’épicerie sociale, elle aussi régie par la commune, entre 10 à 20% de leurs valeurs aux familles les moins aisées. A Ungersheim, on distribue des paniers aux habitants, ce qui est très avantageux pour les personnes âgées souvent isolées qui ont des difficultés à se déplacer. L’action sociale de cette initiative est ainsi renforcée. Une monnaie locale est même créée pour vendre le surplus à proximité. Cela maintient l’objectif de circuit court. A Loupiac, on anticipe déjà les enjeux pédagogiques : au sein même des terrains cultivés, un jardin d’expérimentation sera aménagé afin d’accueillir les écoliers pour des projets ou des initiations scolaires.

“Idée sympa : que des produits locaux dans mon assiette !”

Une pratique encore marginale malgré la progression d’initiatives similaires

Malgré leurs réussites, les régies communales agricoles sont, pour l’instant, trop peu mises en place. La faute à un investissement coûteux et un projet long à réaliser. Mais les retombées extrêmement bénéfiques pour la commune devrait probablement inciter d’autres collectivités à tenter l’expérience, d’autant plus que le projet peut se réaliser par palier.

Pour les grandes communes, l’idée semble moins accessible car il faut des terres cultivables qu’on ne peut pas trouver au sein même des villes et qui doivent être de tailles bien plus conséquentes que les exemples cités précédemment pour faire face à une demande logiquement beaucoup plus forte puisque le nombre de cantines concernées est bien plus grand. Cela n’empêche pas les grandes métropoles de lancer des projets afin d’apporter dans les assiettes de leurs écoles, des légumes locaux et bio. Rennes a par exemple mis en œuvre un plan alimentaire durable (PAD). L’idée concerne 48 cantines mais aussi 7 EHPAD et 5 restaurants administratifs. Il n’est pas question d’instaurer une régie agricole communale mais de faire des partenariats avec des producteurs locaux et des associations locales. On y retrouve les mêmes principes : l’objectif est de favoriser des aliments à la fois locaux et bio et d’y procéder par étapes. L’objectif pour 2020, c’est de fournir aux restaurants collectifs 40% de nourritures “vertueuses” dont 20% bio et locales.

Dans un registre assez différent, Toulouse a récemment converti sa régie agricole, qui produit du vin (domaine de Candie) au bio. A Loupiac c’est une régie communale nouvelle qui vient de voir le jour en parallèle du projet agricole : la commune s’est lancée dans l’écopasteuralisme. 3 moutons ont été recueillis par la commune pour entretenir les espaces publics communaux. Situé à proximité de l’école, le but est aussi de créer du lien social entre les habitats comme l’affiche explicitement la vidéo de présentation du projet. Cette initiative a été lauréate du projet Agenda 21 du département de la Gironde.

Alors qu’on a tendance à déplorer l’homogénéisation des modes de vie occidentaux, effaçant les différences entre les pays mais aussi entre le monde urbain et le monde rural, au détriment de ce dernier, toutes ces initiatives se présentent à contre-sens de ce processus et permettent de réintégrer au sein même des campagnes des valeurs traditionnelles paysannes, aussi bien agricoles que pastorales.