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Forges les Bains (91) : faire face aux crises avec les citoyens

En cas de crise, la démocratie participative peut lever les tensions et conduire à des solutions qui font l’unanimité. A Forges-les-Bains, la maire de la commune en fait l’expérience avec succès. D’abord source de conflit, un projet a évolué pour finalement unifier les habitants. 

Par Nadège Hubert

Faire face à une situation de crise

Quand, à l’été 2016, l’Etat et la mairie de Paris décident d’installer un centre de migrants dans une propriété qui appartient à la ville de Paris sur la commune de Forges-les-Bains, 4 000 habitants, sans concerter ni les élus ni la population, cela a fait quelques remous.

« Nous avons été pris de court, notamment parce que nous avions des projets pour le site, abandonné depuis dix ans, et que nous étions en discussion avec la ville de Paris pour le racheter », explique la maire locale, Marie Lespert-Chabrier.

Farouchement opposés au projet, les habitants n’ont pas manqué d’en avertir la municipalité tandis qu’en amont de son ouverture, le futur centre a été incendié. Des mois durant les tensions n’ont cessé de croitre dans la commune.

« Le dialogue était rompu tant avec les élus, qu’entre les habitants eux-mêmes, divisés sur la question. » Marie Lespert-Chabrier et son équipe ont entamé des négociations avec la préfecture pour réduire la durée d’ouverture du centre. Ils ont obtenu gain de cause avec une activité limitée à deux ans à partir de son ouverture en octobre 2016.

« Cette durée nous laissait le temps de penser un projet de reconversion. » En novembre 2016, accompagnée par une élue, la maire participe aux journées des femmes élues et découvre le témoignage de Joe Spiegel sur le conseil participatif.

Créer un outil de concertation efficace

Convaincue que cet outil peut améliorer la situation dans sa commune, elle travaille sur l’idée jusqu’en mai 2017, observant les projets similaires et sollicitant l’aide d’une coopérative tant pour sa capacité à monter des projets de réhabilitation alternatifs que pour sa dimension coopérative. Malgré quelques réticences à l’annonce, les membres du conseil municipal se sont ralliés à cette idée.

« La phase suivante consistait à lancer une concertation auprès des habitants. Nous avons établi un questionnaire », précise Marie Lespert-Chabrier.

Environ 300 habitants ont répondu, 80 d’entre eux répondant positivement à l’invitation de présenter leur candidature pour intégrer un futur conseil participatif. S’en est suivie une réunion publique pour présenter le fonctionnement de ce nouvel outil, divisé en plusieurs collèges : huit habitants, quatre référents de quartier, dix associations ou entreprises et cinq élus.

« Nous voulions que les habitants soient plus nombreux que les élus, qu’aucune voix ne prime sur les autres et que chaque quartier de la ville soit représenté. L’enjeu était de recréer du lien et d’élaborer un projet collectif. » 

Agir ensemble

Tirés au sort après avoir réaffirmé leur souhait de participer, les membres du conseil se sont réunis pour la première fois en octobre 2017 pour faire connaissance et fixer les règles de fonctionnement. Parmi elles, une volonté affichée de privilégier le dialogue et le consensus plutôt que le vote afin de viser l’unanimité des décisions.

« A partir des thématiques qui ont émergé des questionnaires, nous avons mis en place des groupes de travail. » Un centre de formation, une pépinière d’entreprise, une résidence sénior, un site consacré au développement durable… sont autant d’idées qui ont été étudiées par le conseil participatif pour imaginer le devenir du centre de migrants.

« Grâce au conseil, nous avons remis les habitants autour de la table pour penser et construire ensemble l’avenir de la commune. »

Des critères d’évaluation autour de la faisabilité technique et opérationnelle, du budget, de la rentabilité, de l’attractivité, de l’impact environnemental et de la taille du projet ont permis aux membres de s’accorder sur un projet. « A travers des hypothèses, des rencontres avec des partenaires éventuels, la pertinence du projet, nous sommes tombés d’accord. Confronter les points de vue et trouver des réponses ensemble nous a permis de penser quelque chose de plus complet. » 

Aller plus loin

En mai 2018, les 27 membres du comité ont opté pour un centre de formation autour des métiers de l’automobile ancienne en lien avec le conservatoire des véhicules anciens. Le conseil participatif a décidé d’y associer à terme une pépinière d’entreprise, un espace de coworking et plus tard, une résidence pour personne en situation de handicap.

Aujourd’hui, la phase administrative est engagée. L’établissement public foncier d’Ile-de-France vient de signer une convention avec la mairie de Paris pour acquérir le domaine au nom de Forges-les-Bains avant de le revendre au conservatoire. L’installation devrait avoir lieu sous trois ans, après une phase de travaux.

« Le conseil participatif a permis une véritable adhésion des habitants au projet. Sans eux, nous aurions pu arriver à la même conclusion mais sous une autre forme ou moins complète. C’est aussi un gain de temps pour tous. »

Pour Marie Lespert-Chabrier, avoir réussi à intégrer des gens hostiles au projet et aux élus pour qu’ils dépassent les conflits et aillent de l’avant. Pour autant, l’élue reconnait que tout n’est pas résolu. « Des tensions persistent chez certains qui pensent encore à l’ouverture du centre mais nous avons renoué le dialogue. De la mise en place au fonctionnement jusqu’à l’achèvement des discussions, nous n’avons rencontré aucune difficulté. »

Bien que le conseil ait fini sa mission, devant le succès rencontré, la commune a gardé cette méthode de co-construction pour avancer sur la transition énergétique. « Nous espérons également pouvoir réitérer la démarche pour les grands enjeux et les grands projets de la commune. »