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Edith Maruéjouls : l’égal accès aux services publics pour TOUTES et tous

Edith Maruéjouls sera l’experte égalité de nos Journées des Femmes Elues 2020

Par Nadège Hubert.

L’égalité femmes-hommes, grande cause nationale du quinquennat, ne se résume pas à instaurer la parité dans les institutions ou à atteindre un niveau de salaire équivalent dans l’entreprise. Edith Maruéjouls, fondatrice du bureau d’étude L’ARObE, atelier recherche  observatoire égalité, s’impose comme une experte sur les questions d’égalité réelle et opérationnelle dans l’espace public, un pan parfois ignoré.  

A ne pas manquer : Edith Maruéjouls interviendra en tant qu’experte sur l’ensemble de nos plénières de travail « Égalité Femmes-Hommes : rendre les services publics accessibles à toutes et à tous » aux Journées des Femmes Elues. Retrouvez le programme : https://www.monmandatlocal.fr/journees-femmes-elues/

Penser l’aménagement de l’espace public par le prisme de l’égalité

Un profond sentiment de justice et d’humanisme anime Edith Maruéjouls. Elle qui refuse de voir sa République accepter que les violences faites aux femmes augmentent de 12% en 2019, œuvre à changer les choses. La question sociale de l’égalité femmes – hommes interpelle cette docteure en géographie de 45 ans. Après l’équivalent d’un master en sociologie, la bordelaise rejoint la fonction territoriale et se consacre aux politiques jeunesses, déjà sous l’angle de l’égalité entres filles et garçons. Dans les quartiers prioritaires de la ville, elle s’emploie pendant dix ans à transformer cette volonté en réalité. « J’ai eu besoin de prendre du recul vis-à-vis des collectivités territoriales, d’avoir une autre approche. »

En 2014, elle soutient sa thèse intitulée « Mixité, égalité et genre dans les espaces du loisir des jeunes. Pertinence d’un paradigme féministe ». De 2014 à 2019, elle partage son temps entre la fonction publique et le bureau d’étude qu’elle a créé pour accompagner les collectivités à la définition et à la mise en œuvre d’une politique publique intégrée d’égalité : L’ARObE.

Il fallait prendre du pouvoir sur ces questions à travers une gouvernance politique. La réponse se trouve sur le terrain et dans la redistribution de l’impôt, de l’accès au droit et sur le message public. 

Pour penser l’aménagement de l’espace public par le prisme de l’égalité, elle a créé un métier relatif à ce questionnement. 

Une autre école 

Le travail d’Edith Maruéjouls l’a conduite à penser les loisirs, les espaces publics et une école égalitaire pour rétablir la relation filles – garçons. Ses recherches sont d’ailleurs intégrées aux nouveaux collèges de Gironde ainsi que dans des écoles élémentaires et autres établissements à venir ou en restructuration. « Jouer et rire ensemble apprennent à se respecter. L’absence de relation construit une relation violente par la suite. » Pour la sociologue, la séparation des genres est consommée et la question de la disqualification des filles parce qu’elles sont filles doit cesser. Ainsi, avec son bureau d’étude, elle est notamment amenée à repenser la cour d’école. « Je ne suis pas architecte, je préconise des aménagements pour imaginer d’autres activités sur cet espace. »

En lien avec les enfants, les observant jouer, la géographe du genre invite à dépasser les attentes de l’adulte. « Les filles ont le sentiment de ne pas avoir leur place au centre de la cour. Je les entends parfois dire qu’elles n’ont pas le droit de jouer au foot ou même qu’elles n’ont pas les mêmes droits que les garçons. » Edith Maruéjouls invite les collectivités à moduler les espaces et changer les lieux pour atteindre une égalité des genres. A travers l’œil de l’experte, la cantine, les vestiaires, le local à vélo ou les toilettes se repensent. Lieu d’intimité et parfois d’impunité, ces derniers voient souvent les prémices du harcèlement.

 On croit, à tort, qu’éviter la mixité règle le problème alors que les chiffres montrent que les violences ne baissent pas. Il faut déconstruire ce système. Les stéréotypes s’adaptent à la société, le cyberharcèlement en témoigne. La problématique de la relation reste la même et il faut voir quel moyen la politique publique se donne pour arriver à l’égalité. »

Répartir justement 

Passer les portes de l’école, l’égalité femme – homme peut se traduire dans d’autres aménagements publics à travers la redistribution de l’impôt. Ainsi, Edith Maruéjouls voit dans un boulodrome la réponse à un besoin de loisir prioritairement masculin.

Je note une absence d’insouciance des femmes dans l’espace public. 

Intégrer des loisirs à connotation féminine demande une sensibilisation des collectivités, des décisionnaires politiques aux agents territoriaux. « On constate un phénomène de relégation des femmes dans l’espace public, de façon implicite ou explicite. Il doit aussi être l’espace de la citoyenneté où la parole s’exprime. L’aménagement public porte le message de la puissance publique. L’élu doit animer cet espace et travailler sur le multi-usage. »

Convaincue que les choses peuvent changer avec une réponse collective, la géographe du genre regrette que la société ait trop longtemps fait porter aux femmes la responsabilité de la violence. « Même si l’espace public doit être repensé, on fait peur aux femmes alors que le danger vient aussi de l’intérieur. »