Villeurbanne (près de 150 000 habitants) fait partie des dix communes qui, en France, expérimentent le dispositif territoire zéro chômeur longue durée. Près de 80 emplois ont déjà été créés par l’entreprise à but d’emploi (EBE) EmerJean et une deuxième EBE est aujourd’hui dans les cartons.

Villeurbanne fait partie des dix villes qui, depuis 2016, expérimentent le dispositif « territoire zéro chômeur de longue durée ». Un dispositif qui, imaginé par ATD-Quart Monde, repose sur la mobilisation des coûts sociaux générés par les aides aux demandeurs d’emploi pour les transférer à des « entreprises à but d’emploi (EBE) ». RSA, CMU, cotisations sociales non versées ou aides au logement: cela représente 18 000 euros par an et par demandeur d’emploi. Grâce à ce dispositif,  dix EBE qui emploient plus de 700 personnes ont pu voir le jour en France, qui atteignent un seuil de rentabilité grâce au chiffre d’affaires qu’elles génèrent avec leur activité.

Le quartier Saint-Jean, à Villeurbanne, fait partie des territoires zéro chômeur longue durée.  C’est un quartier « dont l’enclavement est proche de celui que connaissent bien des territoires ruraux »,  justifie Agnès Thouvenot, adjointe au maire en charge de l’économie solidaire, de l’emploi et de l’insertion. Il est mal desservi par les transports en commun, ses 4 000 habitants ont un niveau de revenus et d’études plus faible que la moyenne nationale, mais un taux de chômage bien supérieur, alors même que le quartier compte au total plus de 350 entreprises. Territoire zéro chômeur a justement été « un moyen de reconnecter le développement économique au développement social », souligne l’élue.

Repérer et accompagner les « invisibles » vers le réemploi

Le premier challenge, pour les porteurs du projet, a été de repérer son public cible. Pôle emploi, la mission locale, le centre social – en charge d’un accompagnement vers l’emploi – ont été les premiers partenaires naturels mais « le bouche à oreille a également joué un très grand rôle », souligne Agnès Thouvenot. C’est lui qui, en particulier, a permis de repérer les « invisibles »: « ceux qui, à force de prendre des murs, avaient abandonné la recherche d’emploi ». Au total, 400 chômeurs longue durée ont été repérés, au lancement du projet. La moitié fait partie de la cohorte  ces invisibles « qui n’étaient inscrits nulle part ».

Le deuxième challenge: identifier les compétences de ces chômeurs longue durée pour imaginer les activités qu’ils peuvent contribuer à développer. Avec une contrainte inhérente à tous les territoires zéro chômeur: une EBE ne doit pas entrer en concurrence avec les autres entreprises du territoire – pour éviter de détruire par ailleurs des emplois. Cela veut dire qu’il faut se placer dans « les interstices du marché et de l’action publique », explique Agnès Thouvenot. L’EBE de Villeurbanne, baptisée EmerJean, intervient aujourd’hui dans trois grands champs d’activité. Le premier d’entre eux, ce sont les services aux habitants, avec par exemple  » des cours de soutien scolaire » ou « un accompagnement à la marche » pour les séniors. Le deuxième, ce sont les prestations pour les PME et les TPE, comme la blanchisserie (« sur des tout petits volumes, trois vêtements ici, quatre là, sur lesquels les acteurs du marché ne viennent pas »). Le troisième, c’est la transition écologique, avec la création – par exemple – d’une plateforme de collecte et de traitement des biodéchets, qui commercialisera (lorsqu’elle aura les autorisations) le compost obtenu.

79 CDI signés en 3 ans

EmerJean compte aujourd’hui 80 clients différents. Et, surtout, elle emploie en CDI 79 personnes, dont 65% sont des femmes, qui étaient des chômeurs longue durée. L’aventure est loin d’être terminée. En avril dernier, les administrateurs de l’EBE ont pris la décision de créer une deuxième structure, pour à la fois conserver une qualité dans la gestion des ressources humaines et à la fois développer de nouveaux créneaux d’activité – notamment dans l’économie circulaire.

Le projet est également appelé à essaimer à l’échelle de la métropole lyonnaise dès que la deuxième loi d’expérimentation aura été adoptée. Quatre communes –Décines, Rillieux, Saint-Fons et Saint-Priest – souhaitent rejoindre la démarche en capitalisant sur l’expérience de Villeurbanne. La métropole réfléchit d’ores et déjà aux missions qu’elle pourrait, en appui, développer pour faciliter le travail des acteurs de terrain.

 

 

Vous aussi, exprimez-vous !

Please enter your comment!
Veuillez renseigner votre nom ici

4 + 10 =