Rennes : préserver l’eau grâce aux agriculteurs embarqués dans des circuits courts

Utiliser le levier économique pour inciter les agriculteurs à faire évoluer les modes de production : c’est ce que fait, depuis 2015, la Collectivité bassin d’eau rennais. Vingt ont déjà adhéré à la démarche qui leur permet de mieux valoriser, localement, le fruit de leur travail.

En finir avec les pollutions agricoles

Améliorer la qualité de l’eau : c’est, à Rennes, une préoccupation déjà ancienne. En 1997, et jusqu’en 2005, les écoles communales ont cessé de servir l’eau du robinet à la table des cantines pour passer à l’eau de source. En cause : les dépassements, fréquents, des normes de pollution (notamment à l’atrazine).

Dix ans plus tard, si la situation n’atteint plus un niveau aussi préoccupant, le coût de traitement de l’eau pour la rendre potable reste important. « La principale problématique, ce sont les pesticides, avec par exemple des augmentations, ponctuelles des métaldéhyde », explique Laurence Besserve, vice-présidente de la Collectivité bassin d’eau rennais (CBER).

Comment prévenir ces pollutions d’origine agricole ? Le bassin rennais dépend à 90% de sources qui sont en dehors du territoire – à 40 voire 60 kilomètres de la capitale bretonne. Difficile, dans ces conditions, d’imposer des contraintes à des producteurs pour préserver une eau qu’ils ne consomment pas eux-mêmes. Difficile mais pas impossible, comme le montre le projet Terres de sources, initié en 2015.

Terre de source, un projet équitable et juridique

Le principe de Terres de sources : « faire d’une contrainte un atout pour les agriculteurs », explique Laurence Besserve. Les collectivités de la métropole rennaise, intéressées par le projet, achètent leurs produits aux exploitants locaux, à un prix qu’ils fixent eux-mêmes dès lors qu’ils s’engagent à faire évoluer leur mode de production et à réduire leur impact sur l’environnement.

La mesure, pensée pour être équitable, passe cependant par une astuce juridique. L’intitulé du marché a été modifié afin de ne pas déroger aux règles européennes régissant les marchés publics. « Nous n’achetons pas des denrées alimentaires, explique Laurence Besserve. Nous achetons une prestation de service. Nous achetons de la protection des ressources en eau aux producteurs et, en échange, nous nous engageons à leur acheter leurs produits. »

La première année, sur les 2.000 producteurs installés sur le bassin versant qui sont la cible du dispositif, seuls trois ont adhéré. Aujourd’hui, ils sont 20, qui fournissent désormais les cantines des quinze communes de la métropole. C’est le CBER qui, avec la chambre d’agriculture, les certifie. Seuls critères à l’entrée : pas d’OGM ni d’huile de palme dans l’alimentation animale ; pas d’antibiotique utilisé en préventif ; pas de produits phytosanitaires qui tuent les pollinisateurs ou qui font partie de la liste de ceux les plus fréquents dans l’eau.

« Nous n’avons pas mis, dans les critères d’entrée, 0 glyphosate (pour parler d’un des polluants dont on parle souvent dans les médias) », précise Laurence Besserve. L’abandon du glyphosate s’inscrit dans les leviers qui, potentiellement, peuvent être activés pour faire évoluer les pratiques.

Un engagement exemplaire pour les producteurs… mais aussi économique

C’est un diagnostic initial de l’exploitation qui permet de fixer les objectifs à atteindre. Ce diagnostic s’appuie sur la méthode IDA (l’indice de durabilité de l’agriculteur) dans laquelle 42 critères constituent autant de pistes de progrès.

Lorsqu’ils sont engagés dans la démarche, en retour, les agriculteurs sont assurés d’améliorer sensiblement leurs marges. A Betton (où Laurence Besserve est par ailleurs première adjointe), le prix du porc a été multiplié par deux, illustre l’élue. Le CBER, de plus, verse un bonus de 3.000 euros chaque année aux exploitations qui atteignent les objectifs fixés.

« Pour les collectivités, cela a un surcoût, mais qui en évite d’autres  – principalement ceux induits par le traitement de l’eau », souligne Laurence Besserve. Au total, le montant du marché représente 200 000 euros par an. Un montant appelé à augmenter au fur et à mesure que les agriculteurs adhèreront. Aujourd’hui, les 20 producteurs ne sont bien sûr pas assez nombreux pour couvrir l’intégralité des besoins des cantines – et, depuis 2016, des Ehpad, centres hospitaliers ou lycées volontaires. Il n’empêche : pour mieux faire connaître la marque « Terres de sources » (une marque déposée à l’Institut national de la propriété intellectuelle), « nous allons expérimenter en 2019, avec une douzaine d’agriculteurs, la vente dans les moyennes et grandes surfaces », indique Laurence Besserve.

« Nous avons également pour projet de créer une centrale d’achat qui nous permettrait de travailler avec les filières de production non-alimentaire », ajoute l’élue. L’idée ici : créer des circuits courts sur les énergies renouvelables (comme le bois) et les éco-matériaux (le chanvre et le lin par exemple).

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