Pour sensibiliser les fumeurs de sa ville au bon geste, le maire d’Orchies dans le Nord a décidé de lancer un challenge à la population. Du 1er septembre au 1er décembre 2019, chaque personne ramenant une bouteille pleine de mégots à la mairie repart avec un bon d’achat à dépenser dans les commerces locaux.  

Civisme et bon d’achat pour une ville propre

Moins de mégots dans les rues, tel est l’objectif de Ludovic Rohart, maire d’Orchies qui a décidé de lancer un défi à ses 8 000 administrés.

« Pour lutter contre la pollution visuelle et environnementale des mégots, nous invitons les habitants à déposer des bouteilles pleines de ces déchets à la mairie. En échange, ils repartent avec deux euros de bon d’achat à dépenser chez les commerçants du centre-ville. »

Ludovic Rohart, maire d’Orchies

Certains points névralgiques de la commune, parvis de la mairie ou de l’église et autre trottoir devant les écoles, étaient ainsi parsemés de bouts de cigarettes. « On n’a rien inventé ! » insiste le maire de la commune avant de poursuivre. « On a entendu parler du concept dans plusieurs festivals où un verre de mégots donnait droit à un verre de bière. »

Intégrer le commerce de proximité à la démarche

Excluant logiquement l’alcool de l’équation, la commune a préféré valoriser les commerces locaux. Ces derniers ont d’ailleurs suivi le mouvement avec enthousiasme.

La ville leur a notamment confié 3 000 cendriers portatifs à distribuer gratuitement à leurs clients, en particulier dans les restaurants et bars du centre-ville. Certains commerçants collectent également les mégots qui jonchent le pas de leur porte, aussi bien dans le centre-ville que dans la zone d’activité pour ensuite les transmettre à la commune qui se charge de leur recyclage. « Nous avons trouvé une entreprise du Finistère qui valorise ces bouts de cigarettes pour en faire du mobilier urbain. » A Orchies, le mégot est devenu une ressource valorisable.

Une démarche qui s’inscrit dans le 0 déchet

La commune d’Orchies s’est inscrite dans une démarche associant le zéro déchet et la mobilité douce. La lutte contre les mégots poursuit les engagements pris pour sensibiliser les habitants à la transition écologique. « Ces petits gestes du quotidien devraient modifier les pratiques des Orchésiens, attachés à la qualité de vie de la commune. La population s’est mobilisée, petits et grands, mais aussi les associations, les écoles… créant un nouveau lien » se réjouit Ludovic Rohart qui va plus loin. « Pour certains c’est une façon de s’intégrer et de se réapproprier la ville. »

En parallèle de la collecte des bouteilles de mégots et des cendriers portatifs, la municipalité a installé 35 bornes de collecte et prévoit d’en ériger 20 de plus.

Au total, Orchies a investi 15 000 euros dans sa lutte contre les mégots. Avec 60 bouteilles de mégots récoltés pendant le premier mois, le budget des bons d’achat s’élève à 120 euros à peine que la collectivité reverse aux commerçants. « Ce n’est pas ça qui va coûter le plus cher en comparaison aux bornes à 200 euros l’unité. »

L’investissement semble porter ses fruits puisque les services de la ville récoltent cinq fois plus de mégots grâce aux cendriers, aux bornes et aux bouteilles, laissant des rues plus propres.

Les services techniques, en charge de la collecte des déchets, ne sont pas les seuls impliqués dans l’initiative. Le service communication a géré la démarche, la diffusant ensuite sur les réseaux sociaux, dans une campagne d’affichage et à travers des points presse.

Mêler ludique et engagement citoyen

L’action d’Orchies a d’ailleurs éveillé la curiosité d’autres élus qui contactent régulièrement la mairie pour avoir des précisions sur son fonctionnement. Quand le maire leur répond, il leur conseille d’être innovant et d’associer une dimension ludique à leur démarche. « Le jeu reste une bonne façon de modifier les pratiques. Il ne faut pas hésiter à s’appuyer sur les acteurs de chaque territoire et sur les autres politiques de la collectivité pour adapter la démarche à chaque lieu. »

Pour l’élu, la principale difficulté s’avère budgétaire puisqu’il faut trouver les financements pour les équipements et tout ce que peut impliquer la démarche. « Des opérations de propreté coûtent de l’argent, elles demandent un engagement et des investissements. » Si la lutte contre les mégots s’avère globalement un succès pour le maire, il lui reste un point noir sur lequel il réfléchit. « A l’entrée de l’autoroute, les gens ne font que passer et il est plus difficile de les sensibiliser. » L’élu cherche encore la bonne solution tout comme il réfléchit aux problèmes des déjections canines, espérant, cette fois, que d’autres collectivités sauront à leur tour lui apporter quelques idées. 

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