Les perturbateurs endocriniens ont la néfaste capacité d’interférer avec le système hormonal et d’être à l’origine de certaines pathologies. Soucieuse de la santé de ses administrés et consciente de l’impact de cette substance sur le corps humain, la mairie de La Couronne en Charente a pris le problème à bras le corps.

Une démarche de santé publique

« Ce n’est pas une démarche d’opportunité pré-électorale » précise d’emblée Jean-François Dauré, maire de La Couronne et président de l’agglomération Grand Angoulême.

Engagé dans une démarche de santé publique depuis son élection en 2008, l’élu y voit au contraire un choix politique à assumer. « Beaucoup de collectivités évitent de prendre ce type d’engagement alors qu’il faut faire des choix et s’y tenir. » Si la commune de 8 500 habitants vient de signer la charte d’engagement « villes et territoires sans perturbateurs endocriniens », les actions en ce sens n’ont pas attendues. La suppression des pesticides, la recherche des circuits courts, l’éducation au goût « sont inscrits dans nos gênes depuis plus de 10 ans » explique le maire.

« Les produits phytosanitaires se transmettent de la mère à l’enfant et sont reconnus pour perturber aussi bien la reproduction humaine qu’animale. » La collectivité souhaite donc accompagner ses administrés dans une démarche visant à éliminer les produits responsables. « Nous informons les établissements privés et les particuliers propriétaires de zones sensibles naturelles, à proximité des cours d’eau notamment, pour qu’à leur tour, ils appliquent de bonnes pratiques. »

5 engagements pris par la commune

Il s’agit là du premier des cinq engagements pris par la commune en signant la charte visant à éradiquer les perturbateurs endocriniens.

Le deuxième des cinq engagements concerne l’alimentation. Les signataires doivent privilégier la consommation d’une alimentation biologique tout en interdisant l’usage de matériels  pour cuisiner et chauffer qui comporteraient des perturbateurs endocriniens. Les contenants en plastique sont directement visés. « Pour réchauffer au micro-onde, la cuisine centrale a été équipée de plats en verre par exemple. Nous avons aussi changé les assiettes, les verres… »

Les derniers engagements de la charte « Villes et territoires sans perturbateurs endocriniens » concernent la communication et l’information de la population mais également des professionnels de santé. Avec le soutien de l’agence régionale de santé et le département de Charente, la mairie de la Couronne s’est équipée d’un appartement pédagogique témoin, la coloc, pour montrer les bonnes pratiques autour de la cuisine ou encore de l’entretien ménager.

Enfin, les marchés publics de la commune se montrent désormais plus sélectifs. « Nous avons fait le choix du qualitatif et nous avons toujours trouvé des fournisseurs qui ont su s’adapter à la santé de leurs clients. Ceux qui veulent avancer trouvent des solutions. »

Des choix engagés et un cadre pour les mener

Jean-François Dauré et son conseil municipal ont signé la charte le 1er juillet 2019. « Cela donne un cadre aux engagements que nous avons pris depuis longtemps d’informer, d’éduquer, d’agir et de rendre compte. » Le responsable de la collectivité souligne que cette signature relève d’une dynamique globale.

La transversalité du projet demande l’engagement de chaque élu et de chaque service, de la communication à la culture en passant par la maison de santé tout autant que les services techniques ou les espaces verts. « Toute la difficulté de notre action réside dans le choix politique, d’oser sortir des schémas fixés pour faire évoluer ses pratiques. » La restauration collective s’inscrit parmi les axes de travail majeur en matière de lutte contre les perturbateurs endocriniens.

Aujourd’hui, La Couronne propose 50% de son alimentation en produits bio pour les 700 repas servis quotidiennement et vise un objectif de 70%. Les produits retenus sont également à 80% local et à 100% français. La municipalité a ainsi introduit une filière nouvelle pour la viande et le maraîchage sans réel surcoût. « Nous n’avions pas spécialement de budget mais nous avons trouvé des économies de process  pour réinvestir dans une alimentation plus qualitative et des contenants plus sains. Nous avons fait le choix de la santé publique, on gagne en bien-être des habitants. »

Le coût des denrées en école élémentaire revient à 1.99 € avec intégration du bio à 50% pour un coût global de 8.86 € du repas, incluant le matériel et un temps de préparation des plats allongé. La commune facture ensuite 2.36 € à ses administrés. « On résonne en investissement pour l’avenir. Je préfère bien nourrir les enfants qu’enlever quelques mauvaises herbes sur les trottoirs. »

Désireux d’engager la communauté de communes du Grand Angoulême dans son sillon, Jean-François Dauré se réjouit déjà que le tissu associatif suive sa démarche, supprimant peu à peu l’utilisation de gobelets en plastique par exemple. Pour l’heure, 200 villes en France ont signé la charte de villes et territoires sans perturbateurs endocriniens.

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