Bioule (près de 1000 habitants) fait partie des communes pionnières de l’évolution des pratiques de repas à la cantine scolaire. Il y a de cela neuf ans, le village a fait le choix audacieux de mêler les enfants aux seniors le temps du déjeuner de midi. Une initiative qui a largement contribué à faire revivre le lien intergénérationnel à Bioule et inspiré de nombreuses communes depuis.

En 2010, la cantine scolaire de Bioule était en rénovation, un événement en soi pour cette commune d’un peu moins de 1 000 habitants. C’est d’ailleurs en provoquant la curiosité et l’intérêt du plus grand nombre que ces travaux ont vu germer l’idée de mélanger seniors et enfants autour de la table une fois les travaux finis.

Gabriel Serra, maire de Bioule, se souvient « tous les jours, je croisais les anciens du village à proximité du chantier, j’ai fini par leur proposer de venir y partager un repas une fois les travaux achevés. »

Cette idée a immédiatement séduit les seniors de la ville, enthousiasmés par la perspective de sortir de l’isolement de leurs repas. Depuis, du lundi au vendredi en période scolaire, les anciens du village ont le plaisir de partager leurs repas avec les élèves de primaires et maternelles de la commune.

Fédérer autour de l’initiative pour mieux la mettre en place

Si à Bioule, l’initiative s’est mise en place tout naturellement, plusieurs communes qui se sont depuis essayées à la reproduire ont mis en place des procédés d’expérimentation et de concertation avant de mettre en place de tels repas partagés dans leurs cantines scolaires.

C’est notamment le cas de la commune de Marquette-Lez-Lille qui a préféré tester l’initiative le temps de sa semaine bleue avant de la valider définitivement.

Comme le rappelle le maire de Bioule, cette initiative a avant tout pour objet de valoriser la dynamique de la vie locale en permettant au plus grand nombre de partager une histoire commune autour de la vie du village.

Ainsi, elle n’a pas vocation à faire de l’ombre aux restaurants présents sur le territoire qui sans concertation préalable pourraient y voir une forme de mise en compétition. Dans le même esprit, les services de livraison de repas à domicile, généralement administrés par les communautés d’agglomération, doivent également être associés en amont à la démarche afin de ne pas subir de concurrence déloyale.

Une mise en application raisonnée       

Afin d’éviter tout conflit avec ces différentes structures et de favoriser la mise en place du projet, les élu.es de Bioule ont fait le choix de restreindre l’accès à la cantine scolaire aux plus de 75 ans résidentes de la commune.

Une manière à la fois de maîtriser l’accueil au sein d’une salle qui n’est pas extensible et de ne pas décourager les plus jeunes seniors de continuer à se réunir dans les commerces de la ville.

Enfin, pour mieux maîtriser le coût de ce nouveau fonctionnement et ne pas créer d’injustices entre les différents bénéficiaires, la commune n’a pas appliqué la même réduction aux seniors qu’aux personnes âgées. C’est le cas pour toutes les communes qui ont depuis mis en place ce service qui reste à un tarif raisonné pour les seniors (généralement le tarif est établi entre 5 et 6 euros/personne comme c’est le cas à Bioule).

Un lien intergénérationnel renforcé à Bioule

Grâce à cette idée, les enfants de l’école maternelle et primaire développent un lien solide avec les seniors du village. Ces échanges réguliers leur permettent de développer leur capacité d’entraide et leur altruisme. En parallèle, ils trouvent souvent, avec les personnes âgées, un public réceptif et bienveillant à leur égard. Ironiquement, les effets sont contraires mais bénéfiques pour les deux générations : les enfants sortent plus apaisés de ces rencontres et les aînés se sentent, eux, revigorés.

C’est principalement pour les personnes âgées que l’initiative est la plus bénéfique. Elle leur permet de rompre avec leur quotidien et de sortir de l’isolement, une des principales difficultés liées au 3ème âge (notamment lorsqu’on est veuf et/ou éloigné de sa famille). C’est d’ailleurs pour cette raison, que Marie-Louise, qui vit seule, a décidé de participer à l’expérience : « Ça nous donne un peu de réjouissance avec les enfants. Et puis, ça brise un peu notre solitude », comme elle le confie à France 5. Ce service permet aussi de répondre au problème d’alimentation que rencontre de plus en plus de personnes à mesure qu’elles vieillissent : en leur offrant un repas équilibré de qualité, on leur offre, paradoxalement, la possibilité de rester autonomes chez elles.

 

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