Récit de campagne : jeux de chaises musicales et mensonges entre les futurs colistiers

En ce début de semaine et pour le récit de campagne, nous recevons le témoignage de Dominique*, tête de liste pour les futures élections municipales de sa commune de 200 habitants en Côte d’Or. Cette femme dynamique et très impliquée a déjà dû faire face à la démission de l’un de ses colistiers. Elle nous raconte.

Une dispute d’égo déclanche les hostilités

Alors que le travail de la liste qui se présente a commencé depuis plusieurs semaines, Gérard*, une recrue engagée pour la commune depuis une dizaine d’années, a commencé à présenter des signaux qui auraient dû m’alerter. J’entendais bien que les bruits de couloirs sur ma possible campagne (je suis élue d’opposition) commençaient à exister mais j’étais plutôt sûre de moi. S’il y a bien un avantage à être élue d’opposition et en campagne, c’est de bénéficier d’une couverture médiatique assez intéressante. Gérard m’expliquait que l’arrivisme de certains l’agaçait ou encore que les ragots prenaient trop de place, mais rien qui m’inquiétait vraiment.

A ce moment, que certains parlent de mon possible départ en campagne n’était pas pour m’étonner. Cependant, je n’avais pas (encore) anticipé que plusieurs de mes colistiers se disputaient les mandats d’adjoints. Dans leur ligne de mire : le poste de 1er adjoint de la commune. Gérard, Richard* et Emmanuel* parlaient plus souvent de cette position plutôt que du contenu de notre campagne. Mais c’est aussi le jeu que de laisser certains se disputer une place pour les stimuler. J’avais de réguliers échanges avec eux sur leur façon de voir l’avenir de notre village, les échanges avec la com com, les subventions à aller chercher pour mettre en oeuvre un certain nombre de politiques… Je nourrissais des jalousies sans m’en rendre compte et, en favorisant certains rendez-vous, je titillais leur égo.

Un départ inattendu

Ainsi, après 3 mois de travail en groupe et d’un projet politique déjà dessiné, Gerard, élu depuis 10 ans m’annonce un lundi matin qu’il décide de ne pas poursuivre l’aventure avec moi. Sa déclaration m’a laissée sans voix tant je ne m’attendais pas à son départ.

Pour moi, et c’est certainement là mon tord, Gérard était « acquis ». Pas comme on acquière une chaise longue dans un magasin mais plutôt comme un « vrai de vrai » particulièrement solide dans les coups durs et près à défendre notre liste quoi qu’il advienne. Mais Gérard voulait plus que ça : il cherchait la reconnaissance que je n’ai su lui fournir.

Il a prétexté une incompatibilité d’emploi du temps entre son futur potentiel mandat, la campagne et ses nouvelles activités (il venait de devenir président du club de pétanque). Je n’ai pas su déceler, dans un premier temps, que Richard et Emmanuel, se positionnant sur des délégations stratégiques : l’urbanisme et les finances, faisaient volontairement de l’ombre à Gérard et lui ont fait perdre la foi. J’ai tenté de le retenir mais rien n’y faisait, Gérard avait déjà fait son choix.

Les enseignements du départ

S’en est suivi un déchaînement d’actions inattendues : une ambiance très désagréable à contenir, des postes à remplacés – perçus comme un véritable jeu de chaises musicales que les loups politiques se répartissaient comme si je n’existais pas, une perte de confiance de plusieurs colisiters envers ma personne… Des choses dont je me serais passée !

Mais il m’a fallu faire face et m’affirmer. Maintenant que la situation est réglée (j’ai favorisé des femmes qui n’avaient pas les dents rayant le parquet à ce moment) je regarde avec plus de sérénité mon groupe et ma liste. J’ai pu remettre de l’ordre et être celle qui a surmonté la crise en rassurant à propos du départ de Gérard et en assurant le suivi avec une impulsion que certains n’attendaient pas de ma part !

* Les prénoms ont été modifiés

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