Douze millions de personnes vivent avec un handicap en France. Pourtant, rares sont celles qui occupent un mandat, qu’il soit local ou national. Parmi eux, Jacques Payard, non-voyant et Yann Jondot, paraplégique, font figure d’exception.

« Le handicap existe, il ne faut pas le nier mais il n’empêche pas d’agir »

Un accident de chasse a privé Jacques Payard de ses facultés visuelles alors qu’il avait 31 ans. Déjà convaincu de ses opinions, il n’avait alors pris aucun engagement politique. En 1977, quand un candidat vient le chercher pour intégrer une liste électorale aux élections municipales de Juvisy-sur-Orge, 15 000 habitants, il accepte. Il fait ses débuts comme conseiller municipal et devient tour à tour adjoint en charge de la culture puis aux affaires sociales avant de devenir premier adjoint chargé du personnel. « Mon handicap n’a suscité aucune hésitation de mon côté mais il a soulevé des questions chez mes collègues et concitoyens. Il a fallu faire comprendre qu’on peut faire les choses malgré un handicap. »

Retraité, il s’installe à Lioux-les-Monges dans la Creuse et, même si aucune statistique ne le confirme, devient sans doute le premier et seul maire non-voyant du pays. Après 40 ans de mandats divers, l’élu regrette de devoir encore prouvé qu’il est capable d’occuper une telle fonction.

« Avec les technologies disponibles aujourd’hui, je peux taper sur un ordinateur, lire compter,… Je peux aussi me faire aider quand c’est nécessaire. Le handicap existe, il ne faut pas le nier mais il n’empêche pas d’agir. » Avec humour, il donne l’exemple d’une détérioration dans sa commune de 70 habitants. « Si on ne me le dit pas, je ne peux pas le voir mais quand je sais, je prends les choses en main. »

« J’ai accepté de me lancer à condition de prendre la tête de liste. C’était une compétition »

L’action c’est aussi ce qui anime Yann Jondot, maire de Langoëlan dans le Morbihan. Paraplégique depuis l’âge de 22 ans des suites d’un accident de moto, le désormais cinquantenaire retiré de la vie sportive de haut niveau veut agir pour ses 400 administrés. « La différence suscite toujours une curiosité ou une appréhension mais quand on est dans l’action, les compétences prennent le dessus sur le handicap. »

En 2014, quand on lui propose de faire ses premiers pas en politique en intégrant une liste municipale, il n’y va pas par quatre chemins. « On m’a remis des médailles dans ma carrière mais j’avais plus le sentiment du faire-valoir parce que j’étais handicapé. Alors, j’ai voulu changé de place donc j’ai accepté de me lancer à condition de prendre la tête de liste. C’était une compétition. »

Elu, le jeune maire a alors travaillé dur pour se mettre à niveau. « Comme tous les nouveaux élus, je me suis impliqué pour connaitre les dossiers, savoir de quoi je parlais. On devient maire pour faire les choses pas pour le titre ! » Son fauteuil roulant, Yann Jondot le voit comme un formidable outil de communication et de lien social avec les citoyens. « Il facilite les échanges avec la population. Les gens savent qu’on n’est pas là par hasard. La différence est un avantage à partir du moment où on veut faire quelque chose de bien. »

Le handicap, un défi de plus à relever pour l’exercice du mandat

Les deux élus locaux affirment que le handicap n’est en rien un frein à occuper des fonctions décisionnaires. Pourtant, peu de personnes dans leur situation suivent cette voie. « Les personnes handicapées sont en partie responsables, elles ne pensent pas avoir une place auprès des décideurs. Selon les pathologies, certains se persuadent de ne pas pouvoir le faire » regrette Yann Jondot. D’autres raisons semblent expliquer des statistiques encore trop basses. « Il peut être difficile de se mettre en avant quand on vit avec un handicap alors quand un maire constitue sa liste, si on ne vient pas vous solliciter, les gens ne s’engagent pas » explique pour sa part Jacques Payard. « Il faut toujours convaincre et ce combat ne cessera pas de sitôt, en tant qu’élu ou dans la vie. » La méconnaissance des capacités des personnes en situation de handicap, les répercussions économiques sur l’allocation aux adultes handicapés qui ne peuvent, pour l’heure, cumuler cette aide avec les émoluments de maire s’ajoutent à la liste des explications proposées par les élus. A côté des discours de tous horizons, Jacques Payard s’interroge sur les engagements de la classe politique. « Quel que soit le parti, je ne suis pas sûr qu’il y ait une grande volonté, y compris chez les miens. On n’est pas rejeté, loin de là, mais on ne cherche pas non plus à intégrer les personnes en situation de handicap. » Cela n’empêchera pas l’élu non-voyant de se présenter à sa propre succession en mars prochain. Faut-il intégrer des quotas en politique pour garantir la représentation des personnes en situation de handicap, comme cela a été fait pour les femmes ? Yann Jondot regrette cette possibilité. « C’est dommage d’en arriver à  ce que les quotas soient nécessaires pour qu’une catégorie de la population soit prise en compte. On met en avant la catégorie plutôt que des compétences. »

Le maire a quant à lui choisi de ne pas se représenter. Malgré le soutien apporté par ses collègues, les autres maires et la dynamique engagée pour faire réfléchir et avancer sur ce sujet, il veut relever de nouveaux défis. En fauteuil roulant, le maire de Langoëlan insiste : « J’ai rencontré les mêmes difficultés que n’importe quel maire, avec ou sans fauteuil. Mon handicap, c’est plutôt la façon dont la fonction de maire est perçue par l’Etat et qui se traduit par peu de candidats ou des démissions. »

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